Le chien.

" …
Des armes et des mots c’est pareil
Ça tue pareil
II faut tuer l’intelligence des mots anciens
Avec des mots tout relatifs, courbes, comme tu voudras
IL FAUT METTRE EUCLIDE DANS UNE POUBELLE
Mettez-vous le bien dans la courbure
C’est râpé vos trucs et manigances
Vos démocraties où il n’est pas question de monter à l’hôtel avec une fille
Si elle ne vous est pas collée par la jurisprudence
C’est râpé Messieurs de la Romance
Nous, nous sommes pour un langage auquel vous n’entravez que couic
NOUS SOMMES DES CHIENS et les chiens, quand ils sentent la compagnie, Ils se dérangent et on leur fout la paix
Nous voulons la Paix des Chiens
Nous sommes des chiens de " bonne volonté "
Et nous ne sommes pas contre le fait qu’on laisse venir à nous certaines chiennes
Puisqu’elles sont faites pour ça et pour nous
Nous aboyons avec des armes dans la gueule
Des armes blanches et noires comme des mots noirs et blancs
NOIRS COMME LA TERREUR QUE VOUS ASSUMEREZ
BLANCS COMME LA VIRGINITÉ QUE NOUS ASSUMONS
NOUS SOMMES DES CHIENS et les chiens, quand ils sentent la compagnie, IIs se dérangent, ils se décolliérisent
Et posent leur os comme on pose sa cigarette quand on a quelque chose d’urgent à faire
Même et de préférence si l’urgence contient l’idée de vous foutre sur la margoulette
Je n’écris pas comme de Gaulle ou comme Perse
JE CAUSE et je GUEULE comme un chien
JE SUIS UN CHIEN "
Le chien.


Joli choix ! Un de ses plus beaux textes !
Hello,
Aussi beau soit le texte, je crois encore que je préfèrerais être un loup et courir encore.
Sincèrement.
Il faut quand même rappeler que Léo Ferré adorait les chiens.
Il voyait en leur fidélité pour leur maître non pas une soumission mais le symbole d’un attachement à sa nature profonde.
La nature profonde de l’homme étant d’être libre, “Je suis un chien” sonne come la revendication de cette liberté.
Il y a aussi une forme de lucidité à se comparer à un chien : il ne se revendique pas en superman mais en homme parmi les hommes… avec des “défauts d’homme” comme dans cet autre beau texte qu’est “Richard” (plus intimiste).
Mon commentaire n’était en rien une critique négative envers Léo Ferré, ni envers son texte. Je respecte l’artiste, le poète, l’homme je ne le connaissais pas.
J’aime les chiens et j’ai beaucoup de mal à comprendre leur attachement à un être destructeur. J’aurais plutôt tendance à m’enfuir, comme le loup fuit l’homme.
Et je ne crois que la nature profonde de l’homme soit d’être libre.
Un autre texte de Léo Ferré redécouvert par Noir Désir :
Des armes, des chouettes, des brillantes,
Des qu’il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu’il faut caresser comme pour le plaisir
L’autre, celui qui fait rêver les communiantes
Des armes bleues comme la terre,
Des qu’il faut se garder au chaud au fond de l’âme,
Dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d’une femme,
Qu’on garde au fond de soi comme on garde un mystère
Des armes au secret des jours,
Sous l’herbe, dans le ciel, et puis dans l’écriture,
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures,
Et qui mettent la poésie dans les discours.
Des armes, des armes, des armes,
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d’un vers français brillant comme une larme.
Mais la violence de “LA VIOLENCE ET L’ENNUI”…